Pute de mercredi
Le Fruit Noir de l’Obsession
Les mois avaient passé, mais l’atmosphère du manoir Addams ne s’était pas allégée. Au contraire, elle s’était épaissie d’une tension nouvelle, presque organique. Le corps d’Enid, autrefois svelte et agile, s’était transformé sous l’influence de la semence de Mercredi. Son ventre, désormais rond et lourd, était devenu le nouveau centre de l’univers de sa maîtresse. Pour Mercredi, cette grossesse n’était pas un miracle de la vie, mais l’ultime étape de sa conquête : elle n’avait pas seulement brisé l’esprit d’Enid et marqué sa peau, elle avait colonisé ses entrailles.
Mercredi était assise dans son fauteuil en cuir noir, observant Enid qui tentait de s’installer confortablement parmi les coussins de soie du grand lit à baldaquin. La lumière de la lune filtrait à travers les rideaux de velours, jetant des ombres allongées sur la peau pâle de la jeune femme. Enid était au huitième mois, et chaque mouvement lui pesait. Pourtant, ses yeux bleus, toujours aussi soumis et voilés de cette dépendance maladive, cherchaient sans cesse le regard de Mercredi.
— Approche, Enid, ordonna Mercredi d’une voix basse, dénuée de toute chaleur.
Enid obéit, se traînant avec difficulté vers le bord du lit. Elle portait une nuisette de dentelle noire transparente qui soulignait l’arrondi de son ventre. Mercredi se leva et posa ses mains froides sur la peau tendue. Elle sentit un coup de pied vigoureux contre sa paume. Un pli de satisfaction apparut sur son front.
— Il est aussi impatient que moi de réclamer son héritage, murmura Mercredi. Mais n’oublie jamais, Enid, que cet enfant est mien avant d’être tien. Tu n’es que le réceptacle de ma volonté.
— Je sais, Mercredi… je ne suis qu’à vous, balbutia Enid, le souffle court. S’il vous plaît… touchez-moi encore.
L’état d’Enid n’avait en rien calmé les appétits de Mercredi. Au contraire, la vulnérabilité accrue de la blonde et le spectacle de son corps déformé par la possession de Mercredi exacerbaient le désir de la criminelle. Mercredi aimait l’idée de prendre Enid alors qu’elle portait le poids de leur avenir commun. C’était une domination totale, une profanation de la sainteté que d’autres auraient attribuée à la maternité.
Mercredi fit glisser la bretelle de la nuisette, exposant l’épaule d’Enid. Elle y planta ses dents avec une brutalité calculée, savourant le petit cri de douleur et de plaisir qui s’échappa des lèvres de sa captive.
— Tu es si délicieusement encombrée, Enid. J’aime voir tes mouvements entravés par ce que j’ai mis en toi.
— C’est si lourd… mais je l’aime parce qu’il vient de vous, répondit Enid en renversant la tête en arrière, offrant son cou au prédateur.
Mercredi ne perdit pas de temps. Elle écarta les jambes d’Enid, ignorant les gémissements de fatigue de la jeune femme. Elle la posséda avec une ferveur sombre, ses mains enserrant les hanches d’Enid pour la maintenir fermement contre elle. Dans le silence de la chambre, le bruit de leurs corps se rencontrant se mêlait au souffle erratique d’Enid. Mercredi était impitoyable, sa possession territoriale ne souffrant aucune faiblesse, même face à la fragilité de la grossesse.
— Dis-le, exigea Mercredi alors qu’elle accélérait le rythme, ses yeux noirs fixés dans ceux, larmoyants, d’Enid. Dis-moi que même ainsi, tu n’es qu’un jouet.
— Je suis… votre jouet… utilisez-moi… Mercredi, je vous en supplie !
Le plaisir qui submergea Enid fut teinté d’une agonie sourde, une extase que seule Mercredi savait provoquer en elle. Quand tout fut fini, Mercredi la laissa tremblante et épuisée, se contentant de réajuster ses propres vêtements avec une froideur déconcertante. Elle ne proposa aucun réconfort, aucune caresse post-coïtale. Elle se contenta de fixer le ventre d’Enid, là où la vie s’agitait encore.
***
Les semaines suivantes furent un long calvaire de surveillance. Mercredi ne quittait plus guère le manoir, gérant son empire criminel depuis son bureau, tout en gardant un œil constant sur les moniteurs. Elle avait fait installer un équipement médical de pointe dans une pièce adjacente à leur chambre. Aucun hôpital, aucun médecin étranger ne poserait les mains sur sa propriété. La famille Addams avait ses propres méthodes, et Mercredi était prête.
L’orage éclata une nuit de novembre, une tempête d’une violence inouïe qui semblait vouloir déraciner les arbres de la forêt environnante. À l’intérieur, les premiers cris d’Enid déchirèrent le silence.
Mercredi entra dans la chambre transformée en salle d’accouchement. Elle portait un tablier de cuir noir par-dessus sa chemise blanche, ses cheveux parfaitement tressés, son visage de marbre ne trahissant aucune émotion. Enid était en sueur, ses cheveux blonds collés à son front, ses mains agrippant désespérément les draps.
— Ça fait mal… Mercredi, aidez-moi ! hurla Enid alors qu’une nouvelle contraction la secouait.
Mercredi s’approcha du lit et saisit fermement la main d’Enid. Sa poigne était écrasante, non pas pour soutenir, mais pour dominer la douleur par une autre forme de contrainte.
— Regarde-moi, Enid. La douleur est une information. Elle te rappelle que tu es en train de mettre au monde la seule chose qui compte vraiment pour moi. Ne faiblis pas. Je ne tolère pas la faiblesse chez ce qui m’appartient.
— Je n’en peux plus…
— Tu iras jusqu’au bout, trancha Mercredi d’une voix glaciale. Pousse.
Le travail dura des heures. Mercredi dirigeait les opérations avec une précision chirurgicale, assistée par la Chose qui s’activait avec une efficacité macabre. Elle ne quitta jamais Enid des yeux, non pas par compassion, mais comme un sculpteur surveillant la fonte de son bronze. Elle observait la détresse de la louve, la manière dont son corps se brisait presque sous l’effort, et elle y trouvait une beauté sombre. C’était le sacrifice ultime qu’Enid lui offrait.
Enfin, alors que le tonnerre faisait vibrer les fondations du manoir, un cri nouveau, aigu et puissant, s’éleva dans la pièce.
Mercredi reçut l’enfant dans ses mains gantées. C’était une petite fille, pâle, avec une touffe de cheveux noirs déjà visible et des yeux qui, bien qu’encore flous, semblaient déjà porter la profondeur des ténèbres des Addams. Elle ne pleura que quelques secondes avant de se calmer, comme si elle reconnaissait l’autorité de celle qui la tenait.
Enid, à bout de forces, la tête retombée sur l’oreiller, tendit des bras tremblants.
— Laissez-moi… laissez-moi la voir… murmura-t-elle.
Mercredi s’approcha, mais elle ne lui donna pas l’enfant immédiatement. Elle resta debout, dominant Enid, le bébé niché contre sa poitrine sombre.
— Elle est parfaite, dit Mercredi. Elle a mon sang et ta docilité. Elle s’appellera Obsidian.
Elle finit par poser l’enfant sur la poitrine d’Enid. La jeune femme éclata en sanglots, serrant le petit être contre elle. Mais même dans ce moment de vulnérabilité maternelle, Mercredi posa une main possessive sur la nuque d’Enid, l’obligeant à lever les yeux vers elle.
— Ne te méprends pas, Enid. Tu l’as portée, tu la nourriras, mais elle est l’héritière de mon empire. Elle apprendra la cruauté avant la marche, et le pouvoir avant la parole. Et toi… toi tu resteras ici, à mes pieds, pour nous servir toutes les deux.
Enid, brisée par la fatigue mais totalement asservie par l’amour qu’elle portait à son bourreau et à son enfant, hocha la tête.
— Oui, maîtresse… tout ce que vous voudrez. Merci… merci de m’avoir donné cela.
Mercredi esquissa un sourire qui n’atteignit pas ses yeux. Elle avait tout obtenu. Elle avait une esclave dévouée, une héritière pour son trône de sang, et un manoir dont les murs garderaient à jamais le secret de sa tyrannie domestique. Elle se pencha et embrassa le front d’Enid, un baiser froid comme la mort, avant de murmurer à l’oreille de la petite Obsidian :
— Bienvenue dans l’obscurité, ma fille. Le monde est à nous.
Dehors, la tempête se calma, laissant place à un silence de tombe sur le domaine Addams. La lignée était assurée, et la prison d’Enid s’était refermée sur elle avec un nouveau verrou, plus solide encore que les précédents : celui du sang. Mercredi retourna s’asseoir dans son fauteuil, observant ses deux possessions avec une satisfaction prédatrice. Le jeu continuait, mais les enjeux venaient de devenir éternels.