Together
L'Éveil des Titans et le Murmure de l'Eau
Hector était lourd, d'un poids rassurant qui ancrait mon esprit encore embrumé dans la réalité de ma chambre. Sa tête reposait contre ma poitrine, son souffle chaud traversant le tissu fin de mon déshabillé pour venir caresser ma peau. Dans son sommeil, le fils de Zeus avait perdu toute cette aura d'autorité naturelle qui le caractérisait. Il n'était plus le guerrier altier aux yeux d'orage, mais simplement un jeune homme dont le calme contrastait violemment avec la fureur de la veille.
Je restai immobile quelques instants, savourant cette sensation de possession. Mes doigts s'égarèrent dans ses cheveux noirs, courts et doux, tandis que mes yeux parcouraient les marques que j'avais laissées sur lui. À la lumière pâle du matin, les morsures sur ses épaules avaient pris une teinte pourpre sombre, de véritables sceaux de guerre gravés dans sa chair pâle. Je souris intérieurement. Il porterait ces marques au Camp des Sang-Mêlé, et chaque enfant d'Arès, d'Athéna ou d'Aphrodite saurait exactement à qui appartenait le grand Hector Diogenes.
Pourtant, malgré la satisfaction de la conquête, une agitation familière commença à poindre sous mes côtes. Le sang d'Arès ne supporte pas l'immobilité trop longtemps. Mon corps, bien que courbatu par les prouesses de la nuit, réclamait du mouvement, de la fraîcheur, l'effacement de la moiteur de nos ébats pour mieux recommencer.
Avec une précaution infinie que je n'utilisais jamais d'ordinaire, je glissai hors de dessous lui. Hector laissa échapper un grognement sourd, sa main cherchant instinctivement ma chaleur sur le matelas avant de se refermer sur un oreiller. Il ne se réveilla pas. Sa dépense d'énergie — tant physique qu'électrique — l'avait vidé.
Je me levai, mes jambes tremblant légèrement, et ramassai mon t-shirt qui traînait au pied du lit. En passant devant le miroir de ma commode, je m'arrêtai. Mon propre reflet me surprit. Mes cheveux brun clair étaient un champ de bataille de boucles emmêlées, mes lèvres étaient gonflées, et sur mon cou, une trace de succion bien nette témoignait que le fils de Zeus savait lui aussi marquer son territoire. Je touchai la marque du bout des doigts, un frisson me parcourant l'échine.
Je quittai la chambre sur la pointe des pieds, traversant le couloir silencieux de la maison vide. Ma mère ne rentrerait que demain soir ; nous avions tout le temps du monde.
Une fois dans la salle de bain, je verrouillai la porte par réflexe avant de me raviser et de laisser le loquet ouvert. Je fis couler l'eau, attendant qu'elle devienne brûlante. La vapeur commença à envahir la pièce, brouillant le miroir, créant une atmosphère de sanctuaire humide. Je me déshabillai et entrai sous le jet.
L'eau chaude fut une bénédiction. Elle détendit mes muscles noués et nettoya les traces de sueur et d'ozone qui semblaient coller à ma peau. Je fermai les yeux, laissant le tambourinement des gouttes sur mon crâne chasser les derniers vestiges du sommeil. Je pensais à lui. À la douceur de ses mains sur mes hanches, à la force de ses bras, à la manière dont il m'avait regardée quand il était entre mes jambes, avec une telle intensité que j'avais cru brûler vive.
Soudain, le rideau de douche glissa sur sa tringle avec un bruit métallique discret. Je ne sursautai pas. Mon instinct de guerrière m'avait déjà prévenue d'une présence, mais c'était une présence que mon corps reconnaissait et réclamait.
Avant que je ne puisse me retourner, je sentis deux mains larges et calleuses se poser fermement sur mes hanches. La peau d'Hector était fraîche par rapport à l'eau brûlante, créant un choc thermique qui me fit cambrer le dos. Il ne dit rien. Il colla son torse contre mon dos, son front venant s'appuyer entre mes omoplates.
L'eau ruisselait sur nous deux désormais. Je sentais le métal froid de son armure d'avant-bras contre ma hanche gauche, un rappel constant de sa nature hybride, de ce mélange de chair et de métal, d'homme et de dieu.
— Tu t'es levée sans moi, murmura-t-il, sa voix encore rauque de sommeil, vibrant contre ma colonne vertébrale.
Je laissai ma tête retomber en arrière contre son épaule, mes mains venant couvrir les siennes sur mes hanches.
— Tu dormais comme une masse, Diogenes. Je pensais que l'orage s'était essoufflé.
Il laissa échapper un petit rire sourd qui fit vibrer ma poitrine.
— Ne sous-estime jamais l'endurance d'un fils de Zeus, Clarisse. On a juste besoin d'un peu de temps pour recharger les batteries.
Ses mains commencèrent à bouger, glissant sur mon ventre, remontant vers mes côtes. Ses doigts traçaient des cercles lents, explorant ma peau avec une curiosité renouvelée, comme s'il voulait mémoriser chaque cicatrice, chaque grain de beauté sous l'eau battante. Sa bouche trouva mon épaule, y déposant un baiser mouillé avant que ses dents ne viennent mordiller la peau sensible à la base de mon cou.
— Tu es encore plus belle sous la pluie, souffla-t-il à mon oreille.
Je me retournai dans ses bras, faisant face à lui. L'eau coulait sur son visage, collant ses cheveux noirs à son front et faisant briller ses yeux gris d'un éclat métallique. Il était magnifique, trempé, nu et imposant. Les marques que je lui avais faites la veille ressortaient encore plus sous l'eau.
— Tu marques bien, notai-je en passant une main sur son pectoral, là où ma morsure était la plus visible.
Il attrapa mon poignet, son regard devenant soudainement plus sérieux, plus sombre.
— C'est parce que tu n'y es pas allée de main morte. Mais je ne m'en plains pas.
Il me poussa doucement contre le carrelage froid de la douche. Le contraste entre le mur glacé et la chaleur de son corps pressé contre le mien me coupa le souffle. Ses mains remontèrent pour encadrer mon visage, ses pouces caressant mes pommettes.
— Clarisse...
— Tais-toi, Hector.
Je savais ce qu'il allait dire. Quelque chose de doux, quelque chose de gentil. Mais je ne voulais pas de tendresse pour l'instant. Je voulais retrouver cette fureur qui nous avait consumés quelques heures plus tôt. Je voulais sentir l'électricité sous sa peau, je voulais qu'il me montre que son père était le roi des cieux.
Je l'embrassai avec une sauvagerie soudaine, mes mains s'agrippant à ses épaules mouillées. Il répondit avec la même intensité, sa langue explorant ma bouche tandis que ses mains descendaient pour saisir mes cuisses et me soulever. J'enroulai mes jambes autour de sa taille, m'ancrant à lui comme si ma vie en dépendait.
L'eau nous aveuglait presque, mais cela n'avait aucune importance. Tout était question de sensation, de toucher, de chaleur. Je sentais son érection contre moi, dure et impatiente.
— Ici ? demanda-t-il entre deux baisers haletants.
— Ici. Maintenant.
Il me pénétra d'un coup sec, un gémissement de plaisir s'échappant de ma gorge pour se perdre dans le bruit de l'eau. Le rythme était sauvage, dicté par le besoin et l'adrénaline. Chaque mouvement nous faisait glisser légèrement contre le carrelage, mais Hector me tenait avec une force inébranlable. Ses doigts s'enfonçaient dans ma chair, laissant sûrement de nouvelles marques qui répondraient aux miennes.
Je sentais l'électricité commencer à crépiter. De petites étincelles bleutées dansaient à la surface de l'eau qui coulait sur nos corps. C'était dangereux, c'était insensé, mais c'était nous. Un fils de Zeus et une fille d'Arès ne pouvaient pas s'aimer dans le calme ; il leur fallait le tonnerre et le fracas des armes.
— Regarde-moi, Clarisse ! ordonna-t-il.
J'ouvris les yeux. Son regard gris était devenu presque blanc, chargé d'une puissance divine qu'il ne cherchait plus à contenir. Dans cet espace restreint, sous l'eau bouillante, il ressemblait à un dieu antique exigeant son tribut. Et je le lui donnais avec joie.
Le plaisir monta en moi comme une marée irrésistible, alimenté par le rythme de ses hanches et la force de son étreinte. Je griffai ses épaules, ma tête basculant en arrière sous le jet d'eau.
— Hector !
Mon cri fut étouffé par sa bouche alors qu'il m'embrassait pour absorber mon orgasme. Quelques secondes plus tard, il me suivit avec un grognement guttural, son corps entier se tendant contre le mien tandis qu'une décharge électrique plus forte que les autres faisait grésiller l'ampoule de la salle de bain.
Nous restâmes ainsi un long moment, haletants, l'eau continuant de nous laver. Hector ne me lâcha pas tout de suite. Il garda son front contre le mien, nos souffles se mélangeant.
— Tu vas finir par me tuer, finit-il par dire avec un sourire faible.
— Tu l'auras cherché, fils de Zeus. C'est toi qui es entré dans ma douche.
Il me déposa doucement au sol, mais garda ses bras autour de moi. L'eau était devenue un peu plus fraîche, signe que le ballon d'eau chaude commençait à fatiguer.
— On devrait sortir avant de transformer ta salle de bain en piscine olympique, suggéra-t-il.
Je hochai la tête, bien que je n'aie aucune envie de quitter la chaleur de ses bras. Nous sortîmes de la douche, nous essuyant rapidement avec les serviettes qui traînaient. Hector s'occupa de moi avec une attention méticuleuse, tamponnant doucement l'eau sur ma peau comme si j'étais faite de porcelaine, ce qui me fit lever les yeux au ciel, bien que j'apprécie secrètement le geste.
— Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda-t-il alors que nous retournions vers la chambre, une serviette nouée autour de la taille pour lui, et moi enveloppée dans un peignoir trop grand.
Je m'assis sur le lit, l'observant alors qu'il fouillait dans son sac pour en sortir des vêtements propres.
— On a faim, décrétai-je. Je vais préparer quelque chose. Enfin, si tu survit à ma cuisine.
Il se tourna vers moi, un sourcil levé.
— Tu sais cuisiner ?
— Ne sois pas arrogant. Je sais faire des œufs et du bacon. C'est tout ce dont un guerrier a besoin.
— Ça me va parfaitement.
Pendant que je descendais à la cuisine, je l'entendis siffloter dans la chambre. C'était étrange. Cette domesticité, ce calme après la tempête... c'était quelque chose que je n'avais jamais expérimenté. D'ordinaire, ma vie n'était faite que de conflits, de cris et de démonstrations de force. Avec Hector, même la violence de nos rapports charnels débouchait sur une paix profonde.
Je cassai les œufs dans la poêle, le sifflement du bacon remplissant la pièce. Hector me rejoignit quelques minutes plus tard, vêtu d'un simple jean et d'un t-shirt noir qui moulait ses pectoraux. Il s'appuya contre le cadre de la porte, m'observant travailler.
— Quoi ? demandai-je sans me retourner.
— Rien. Je me disais juste que j'avais beaucoup de chance.
Je grognai, mais je sentis mes joues chauffer.
— Mange tes œufs et tais-toi, Diogenes.
Nous mangeâmes en silence sur le petit comptoir de la cuisine. C'était un silence confortable, de ceux que l'on ne partage qu'avec les gens que l'on connaît par cœur. On entendait juste le bruit des fourchettes contre les assiettes et le chant des oiseaux à l'extérieur. Phoenix s'éveillait, mais pour nous, le monde s'arrêtait aux murs de cette maison.
— Tu dois repartir quand ? demandai-je finalement, ma voix trahissant malgré moi une pointe de regret.
Hector posa sa fourchette et prit ma main dans la sienne.
— Pas avant ce soir. Je veux profiter de chaque minute.
— Le Camp va se demander où tu es passé. Chiron va encore nous faire un discours sur la responsabilité des leaders.
— Laisse-les parler. Pour une fois, j'ai décidé d'être égoïste. Je voulais te voir, Clarisse. Pas la Clarisse du Camp, pas la chef de cabine d'Arès. Juste toi.
Je baissai les yeux sur nos mains entrelacées. Sa peau pâle contre ma peau bronzée. La foudre et la guerre.
— Tu m'as manqué aussi, avouai-je à voix basse. Même si je ne le dirais jamais devant les autres. Si tu répètes ça à Chris ou à Sherman, je t'étripe.
Il rit et porta ma main à ses lèvres.
— Ton secret est en sécurité avec moi.
L'après-midi passa dans une douce torpeur. Nous retournâmes dans ma chambre, non pas pour nous battre à nouveau, mais simplement pour être ensemble. Hector s'allongea sur le lit et je me nichai contre lui, ma tête sur son torse. Il commença à me raconter des histoires de son enfance avant qu'il ne découvre sa nature divine, des souvenirs de sa mère et de la vie normale qu'il avait menée.
Moi, je lui parlai de mes frères, de la pression constante de plaire à Arès, de cette colère qui brûlait en moi depuis toujours et que seul le combat semblait apaiser.
— Tu sais, dit-il en caressant mes cheveux, tu n'as pas besoin de toujours te battre contre le monde entier.
— C'est ma nature, Hector. Je suis née pour ça.
— Peut-être. Mais même les guerriers ont besoin d'un endroit où poser leur armure.
Je levai les yeux vers lui.
— Et c'est toi, cet endroit ?
Il sourit, un sourire triste et beau à la fois.
— J'aimerais l'être. Autant que tu l'es pour moi.
À seize heures, l'heure à laquelle nous nous étions retrouvés la veille devant le grillage du lycée, Hector commença à rassembler ses affaires. L'ambiance était devenue plus lourde, la réalité reprenant ses droits.
— Je vais te raccompagner à ta voiture, dis-je en enfilant une veste.
Nous marchâmes côte à côte jusqu'à la rue où il s'était garé. Le soleil commençait à descendre, baignant le quartier d'une lumière orangée. Arrivés devant son véhicule, il se tourna vers moi.
— Merci pour tout, Clarisse. C'était... parfait.
— Ne deviens pas sentimental, Diogenes. Ça ne te va pas.
Il m'attrapa par la taille et m'attira contre lui pour un dernier baiser. C'était un baiser de départ, plein de promesses et d'une pointe de tristesse. Quand il se recula, il me regarda droit dans les yeux.
— On se voit au Camp dans deux jours ?
— Compte là-dessus. Et prépare-toi, parce que je ne te ferai pas de cadeaux sur le terrain d'entraînement.
Il rit, monta dans sa voiture et démarra. Je restai sur le trottoir à regarder ses feux arrière disparaître au coin de la rue.
Je rentrai chez moi, le silence de la maison me paraissant soudainement oppressant. Je retournai dans la salle de bain pour ranger les serviettes humides. En passant devant le miroir, je vis à nouveau la marque sur mon cou. Elle commençait à jaunir légèrement, mais elle était toujours là.
Je souris.
Hector Diogenes était peut-être un fils de Zeus, calme et posé, mais il avait laissé une trace indélébile sur la fille d'Arès. Et alors que je m'allongeais sur mon lit qui sentait encore son odeur d'ozone et de savon, je savais que ce n'était que le début de notre propre guerre. Une guerre où il n'y aurait ni vainqueur ni vaincu, seulement deux âmes brisées trouvant la paix dans le fracas de leurs cœurs.
Je fermai les yeux, le murmure de l'eau de la douche résonnant encore dans mes oreilles, et je m'endormis avec le goût de la foudre sur mes lèvres.