Together
L'Éclat de l'Orage et le Sang de la Rose
Le silence qui régnait dans le couloir du lycée de Phoenix était presque irréel. Pour n'importe quel élève ordinaire, ce n'était qu'un après-midi de fin de semaine, lourd de la chaleur de l'Arizona et de l'ennui des cours de mathématiques. Mais pour moi, Hector Diogenes, fils de Zeus, chaque seconde qui s'égrenait sur l'horloge murale était une torture. J'ajustai la manche de ma veste pour dissimuler l'armure de bronze soudée à mon avant-bras gauche. Mes yeux gris scrutaient la foule des adolescents qui se pressaient vers la sortie.
Puis, je la vis.
Clarisse La Rue. Elle marchait avec cette arrogance naturelle, cette démarche de prédatrice qui faisait s'écarter les autres sur son passage. Ses cheveux brun clair bouclés étaient attachés en une queue-de-cheval désordonnée, et ses yeux noirs brillaient d'une lueur de défi permanent. Quand son regard croisa le mien, l'éclair de surprise fut immédiatement remplacé par une joie sauvage, presque féroce. Elle ne sourit pas — Clarisse ne souriait pas souvent — mais ses narines se dilatèrent et elle accéléra le pas.
Sans un mot, elle m'attrapa par le revers de ma veste et me traîna vers le bloc sanitaire le plus proche, celui qui était désaffecté à cause d'une fuite d'eau jamais réparée. Une fois à l'intérieur, elle verrouilla la porte d'un coup de pied et se jeta sur moi.
— Tu es complètement stupide de venir ici, Diogenes, grogna-t-elle contre mes lèvres.
— Tu m'as manqué, Clary, répondis-je, ma voix vibrant d'un tonnerre sourd.
Elle ne me laissa pas finir. Ses mains, calleuses et fortes, s'agrippèrent à ma nuque, me tirant vers elle avec une force qui aurait fait basculer un homme moins bâti que moi. Le baiser fut un choc frontal, un mélange de faim et de violence. Clarisse ne m'embrassait pas, elle m'attaquait. Ses dents rencontrèrent ma lèvre inférieure, et je sentis le goût métallique du sang. C'était son territoire, sa manière de dire que je lui appartenais.
Elle commença à me mordre le cou, de petites morsures sèches et précises qui laissaient des marques violacées sur ma peau pâle. Ses mains descendirent sous ma veste, ses ongles griffant mon torse à travers le tissu fin de mon t-shirt. Elle remonta le long de mes épaules, ses dents s'enfonçant dans la chair ferme, là où les cicatrices de mes anciens combats côtoyaient les brûlures laissées par la foudre de mon père.
— Tu es à moi, murmura-t-elle entre deux assauts. Mon fils de Zeus. Mon orage.
Je laissai échapper un grognement sourd, mes propres mains trouvant enfin leur chemin vers ses hanches. Ma peau brûlait là où elle me marquait, une douleur exquise qui alimentait l'électricité statique dans la pièce. Je sentais mes doigts s'enfoncer dans sa chair ferme, pétrissant ses hanches avec une urgence nouvelle.
Clarisse se cambra, sa respiration devenant plus courte, plus erratique. Elle voulait plus. Je le sentais dans la manière dont elle se pressait contre moi, cherchant à fusionner nos corps. Mes mains descendirent encore, mes paumes larges enveloppant ses courbes, tandis que je commençais à caresser l'intérieur de ses cuisses à travers son jean.
— Hector... souffla-t-elle, sa voix perdant de son assurance habituelle pour devenir un râle de désir pur. Je veux ta langue partout. Je veux ta tête entre mes jambes. Maintenant.
L'air dans les toilettes devint soudainement chargé d'ozone. Une ampoule au-dessus de nous grésilla violemment. Je descendis mes baisers le long de sa gorge, m'arrêtant sur la naissance de sa poitrine, là où son cœur battait comme un tambour de guerre. Mais alors que je m'apprêtais à céder à son exigence, Clarisse se figea.
Elle se recula brusquement, ses yeux noirs fixés sur les miens, ses joues rougies par l'excitation et ses lèvres gonflées. Elle passa une main dans ses cheveux, essayant de reprendre contenance, bien que sa poitrine se soulevât encore violemment.
— Non, finit-elle par dire, sa voix redevenue ferme. Pas ici. Pas dans cet endroit minable qui sent le javel et la poussière. Pas pour notre première fois.
Je restai là, haletant, les mains encore tremblantes d'une énergie que je ne savais plus comment canaliser.
— Clary...
— Tais-toi, Diogenes. Écoute-moi. Les cours finissent à seize heures. Rejoins-moi devant le grillage, près du vieux chêne foudroyé. Ma mère n'est pas là ce soir. Nous irons chez moi. On finira ce qu'on a commencé, mais on le fera correctement. Comme des guerriers.
Elle s'approcha une dernière fois, posant sa paume sur la brûlure qui s'étalait sur mon pectoral gauche, juste au-dessus de mon cœur.
— Prépare-toi, Hector. Parce que je ne compte pas te ménager.
Elle se détourna, déverrouilla la porte et sortit sans un regard en arrière, me laissant seul avec le bruit de l'eau qui fuyait et le crépitement de l'électricité qui ne demandait qu'à exploser.
***
Seize heures une. Le soleil de Phoenix commençait sa descente, jetant de longues ombres dorées sur le bitume du parking. J'étais là, appuyé contre le grillage, le regard fixé sur les portes du lycée. Les élèves sortaient en grappes, riant, criant, ignorant totalement que deux demi-dieux s'apprêtaient à déclencher une tempête à quelques kilomètres de là.
Clarisse apparut, son sac de sport jeté sur l'épaule. Elle ne me regarda pas tout de suite, mais je sentis l'aura de puissance qui émanait d'elle. Elle s'arrêta à ma hauteur, ses yeux noirs me sondant avec une intensité qui me fit frissonner.
— Tu as toujours envie de me suivre, fils de Zeus ? Ou est-ce que tu as peur de te brûler les ailes ?
— Je n'ai jamais eu peur du feu, Clarisse. Surtout pas du tien.
Elle esquissa un sourire carnassier.
— Alors viens. Ma voiture est là-bas.
Le trajet vers sa maison se fit dans un silence chargé de tension. Clarisse conduisait comme elle se battait : avec agressivité et précision. Je gardais ma main sur sa cuisse, sentant les muscles de sa jambe se tendre à chaque changement de vitesse. L'électricité statique faisait grésiller la radio, un murmure de foudre qui accompagnait notre impatience.
Lorsqu'on arriva devant sa petite maison de banlieue, l'air semblait vibrer. Clarisse coupa le moteur, mais ne sortit pas tout de suite. Elle se tourna vers moi, son regard parcourant mon visage, s'arrêtant sur mes yeux gris.
— Une fois qu'on aura passé cette porte, Hector, il n'y aura plus de retour en arrière. Je ne suis pas une fille délicate. Je ne veux pas de poésie. Je veux de la fureur. Je veux que tu sois l'orage, et je serai la terre qui l'accueille. Tu comprends ?
— Je n'ai jamais voulu autre chose, Clary.
Elle hocha la tête, satisfaite, et nous sortîmes de la voiture. Elle ouvrit la porte d'entrée et me tira à l'intérieur, refermant le verrou derrière nous d'un geste définitif. La maison était sombre, fraîche, mais l'atmosphère devint instantanément brûlante.
Clarisse jeta son sac au sol et se tourna vers moi. Elle ne perdit pas de temps. Elle s'agrippa à mon t-shirt et le déchira d'un coup sec, révélant mon torse marqué. Ses yeux s'agrandirent lorsqu'elle vit l'étendue de ma brûlure sur mon bras gauche, s'étalant jusqu'à mon pectoral. Elle passa ses doigts sur la peau cicatrisée, là où la foudre de mon père m'avait marqué à vie.
— C'est magnifique, murmura-t-elle. On dirait une carte de guerre.
Elle commença à m'embrasser à nouveau, mais cette fois, c'était différent. Il n'y avait plus l'urgence de la découverte, mais la certitude de la conquête. Elle me poussa vers sa chambre, ses mains ne me lâchant pas une seconde.
La chambre de Clarisse lui ressemblait : spartiate, avec des trophées de sport, quelques armes de bronze dissimulées sous le lit et une odeur de cuir et de sauge. Elle me poussa sur le matelas et se mit à califourchon sur moi, dominant ma stature imposante de ses un mètre quatre-vingt de muscles et de détermination.
— Enlève ça, ordonna-t-elle en désignant mon pantalon.
Je m'exécutai, mes mouvements un peu gauches sous son regard de prédatrice. Elle se débarrassa de ses propres vêtements avec une efficacité de soldat. Quand elle se retrouva nue devant moi, je restai un instant le souffle coupé. Elle était superbe. Sa peau bronzée était parsemée de cicatrices de combat, des marques honorables reçues au Camp des Sang-Mêlé. Elle était une guerrière dans toute sa splendeur, athlétique et puissante.
Elle se rabaissa sur moi, sa peau chaude contre la mienne. Le contraste entre ma pâleur et son bronzage était saisissant. Elle commença à m'embrasser le torse, ses dents trouvant à nouveau ma peau, laissant des traces rouges sur mes épaules. Ses mains exploraient mon corps, s'attardant sur l'armure soudée à mon avant-bras.
— Ça te fait mal ? demanda-t-elle en effleurant le bronze froid.
— Plus maintenant. C'est une partie de moi.
Elle l'embrassa, un geste d'une tendresse inattendue qui me toucha plus que n'importe quelle caresse. Puis, elle remonta vers mon visage.
— Hector... je veux te sentir. Vraiment te sentir.
Je la fis basculer sur le dos, prenant enfin le dessus. Je l'embrassai avec une passion redoublée, mes mains parcourant chaque centimètre de son corps. Je descendis le long de son ventre plat, mes baisers devenant plus insistants, plus profonds. Quand j'arrivai entre ses jambes, elle laissa échapper un cri de triomphe.
— Oui... c'est ça... Diogenes...
Je m'exécutai. J'utilisai ma langue pour explorer son intimité avec une ferveur que je ne me connaissais pas. Clarisse n'était pas silencieuse ; elle grognait, elle jurait, ses mains s'agrippant aux draps jusqu'à ce que le tissu craque. Elle se cambrait, cherchant le contact, cherchant l'explosion. L'air dans la chambre commença à crépiter. De petites étincelles bleues dansaient sur ma peau, et l'odeur de l'ozone devint entêtante.
— Hector... maintenant ! rugit-elle.
Je me redressai, la regardant dans les yeux. Ses pupilles étaient dilatées, son regard sauvage. Je me plaçai entre ses jambes, sentant la chaleur qui émanait d'elle.
— Tu es prête, Clary ?
— Je suis née prête, fils de Zeus. Détruis-moi.
L'union fut violente, un choc de deux mondes. Je sentis sa force me répondre, ses jambes s'enroulant autour de ma taille pour m'ancrer à elle. Ce n'était pas un acte de douceur, c'était un combat, une lutte pour la domination où personne ne voulait perdre. Nous bougions ensemble, un rythme dicté par le tonnerre et le sang. Chaque mouvement envoyait une décharge électrique à travers nos corps.
Clarisse griffait mon dos, ses ongles laissant des sillons rouges sur ma peau, tandis que je m'enfonçais en elle avec une urgence dévastatrice. Elle criait mon nom, un cri de guerre qui se transformait en plainte de plaisir.
— Plus fort, Hector ! Donne-moi tout ce que tu as !
Je ne retins plus rien. L'électricité qui bouillonnait en moi se libéra. Une onde de choc parcourut la chambre, faisant griller la lampe de chevet et vibrer les vitres. Clarisse se tendit, ses yeux se révulsant alors que l'orgasme la frappait avec la violence d'une charge de cavalerie. Je la suivis quelques secondes plus tard, mon cri se mêlant au sien dans une explosion de lumière et de chaleur.
Nous restâmes ainsi un long moment, haletants, nos corps trempés de sueur et de désir assouvi. Hector et Clarisse. L'orage et l'acier.
Clarisse fut la première à bouger. Elle se redressa sur ses coudes, ses cheveux en bataille, un sourire de satisfaction pure sur les lèvres. Elle regarda mon dos, sans doute couvert de griffures, puis mon cou marqué de ses morsures.
— Pas mal, Diogenes, dit-elle d'une voix rauque. Pour un fils de Zeus, tu te débrouilles.
Je ris, un rire fatigué mais heureux, et l'attirai contre moi.
— Tu es une guerrière terrifiante, La Rue.
— Je sais.
Elle posa sa tête sur mon torse, écoutant le battement régulier de mon cœur. Sa main jouait avec les poils de mon torse, effleurant la cicatrice de foudre.
— Tu sais que mon père va vouloir te tuer s'il l'apprend ? demanda-t-elle avec une pointe d'amusement.
— Arès me déteste déjà. Ça ne changera pas grand-chose. Et mon père n'appréciera pas non plus que je fréquente la fille de son rival.
— Tant mieux, grogna-t-elle. J'aime l'idée que notre union soit un acte de rébellion.
Elle se redressa et m'embrassa doucement, une rareté chez elle.
— Tu restes dormir ?
— Tu crois vraiment que je pourrais partir après ça ?
Elle se blottit contre moi, fermant les yeux. L'obscurité avait totalement envahi la chambre, mais la chaleur de nos corps suffisait à éclairer mon monde. Pour la première fois de ma vie, je ne me sentais pas comme un demi-dieu chargé de responsabilités ou de destins tragiques. J'étais juste Hector, et elle était Clarisse.
— Demain, on devra retourner au Camp, murmura-t-elle. On devra faire semblant de se détester devant les autres.
— Je sais. Mais on saura la vérité.
— Oui. On saura.
Elle s'endormit rapidement, épuisée par la tempête que nous avions déclenchée. Je restai éveillé encore un moment, regardant les marques qu'elle avait laissées sur mon corps. Elles étaient comme des médailles, des preuves de notre lien.
L'orage s'était calmé, mais je savais qu'il ne demandait qu'à renaître. Car entre la fille de la guerre et le fils du ciel, il n'y aurait jamais de paix, seulement des trêves passionnées entre deux batailles. Et c'était exactement ce dont j'avais besoin.
Je fermai les yeux à mon tour, le bras protecteur autour de ma guerrière, prêt à affronter tous les dieux de l'Olympe pour une autre nuit comme celle-ci.